Mère...

Publié le par Isa

" Elle se blottissait contre moi et disait tu sais que je t' aime, tu le sais. Tu es ma petite fille chérie. Alors pourquoi es-tu si méchante avec moi?

Méchante, moi? je me demandais, incrédule.

Oui, tu es si méchante, si méchante...Tu as toujours été méchante avec moi, depuis que tu es toute petite. A quatre ans déjà, tu me regardais droit dans les yeux comme une étrangère...

Une petite fille ne peut pas être méchante avec sa maman. Impossible. C'est le bout du monde une maman et tout l' univers avec.

Je lui disais allez, allez...on ne va pas recommencer.

Mais si...

Elle réclamait de l' amour et il fallait la remplir jusqu' à ras bord de cet amour que la vie lui avit refusé. Elle redevenait petite fille et serrait les dents comme une enfant qui a un gros chagrin. Boudait. Fermait les poings. Donnait des coups de pieds dans les marrons. Répétait tu ne m' aimes pas, tu ne m' aimes pas, pour que je ressasse à l' infini des "mais si, je t' aime" qui s' évaporaient, ne la rassasiant jamais.

 

Si tu m' aimais, elle disait...

Et elle dressait une longue liste de conditions à remplir. Tu ferais ci, tu ferais ça, tu serais comme ci, tu serais comme ça. Mon amie Michèle, elle, a des enfants qui l' aimnt, qui l' écoutent, qui font tout ce qu'elle leur dit...

Et son regard retombait sur moi, dur et tranchant, me rejetant dans la fosse aux lions. Me déclarant inapte à l' amour puisque je ne savais pas la combler.

Je ne trouvais jamais grâce à ses yeux.

J' avais beau donner, donner, elle était comme un puits sans fond. Impossible à remplir. Ce n' était jamais assez, jamais bien, jamais ce qu'elle attendait. J'avais toujours faux. Tout faux. Et si je prenait la parole et demandais qu' est-ce que je dois faire au juste? Dis-le-moi..., elle me llançait un regard exaspéré et regardait au loin. Absente. Outragée.

Elle ne savait pas. Mais c' était de ma faute, toujours, et elle mettait mon incapacité à la satisfaire sur le compte de mon indélicatesse, de mon indifférence.

-- Tu ne m' aimes pas, si tu m' aimais, tu saurais. Ca viendrait tout seul. L' amour, ça ne s' explique pas...L' amour c'est donner sans jamais juger. Tu passes ton temps à me juger...

-- Je ne te juge pas! Je voudrais simplement qu' on arrive à se comprendre, à s' aimer...

-- On arrive pas à s'aimer, on s' aime. Un point, c' est tout. Toi, tu me juges toujours...

Pour ma mère, juger consistait uniquement à ne pas être de son avis. Lui répondre était une offense. Elle nous confisquait la parole et installait la sienne en oracle. Oui maman, oui maman,oui maman, était les seuls mots qu'elle voulait bien entendre.[...]

 

Je m' épuisais à la contenter. Je me vidais de mesforces et il ne restait plus que la colère pour retenir au bord du précipice. Je criais, je hurlais que j' en avais assez, que rien jamais ne pourrait la rendre heureuse et elle me regardait, satisfaite. Elle jubilait, les dents serrées, le regard brûlant de victoire. Elle me tenait à sa merci : j' avais perdu le contrôle de moi-même. Ma colère la rendait importante, belle, séduisante. Je lisais sa satisfaction en un éclair dans son regard noir puis elle reprenait son rôle de victime et soupirait:

-- Tu vois, ça recommence, tu ne m' aimes pas...D' ailleurs aucun de mes enfants ne m' aime. Je ne sais pas pourquoi. Toutes mes amies ont des enfants qui les aiment, sauf moi. Après tout ce que j'ai fait pour vous...

J' écumais. Partais en claquant la porte. Me frappait la tête dans l' ascenseur. M' écroulais en larmes. Butait dans caque pierre, chaque trottoir, chaque tronc d'arbre. Rien n' était trop dur pour y passer ma rage.

Ma rage de ne pas être entendue, pas regardée. Niée. J' étais un vilain zéro qu'elle soulignait de roue épais comme les copies qu' elle corrigeait le soir en fulminant contre l' ignorance de ses élèves.

Je voulais qu' elle m' écoute et elle ne m' entendais pas.

Je voulais qu' elle me voie et elle ne me regardait pas.

Je voulais qu'elle me fasse de la place, qu' elle m' encourage à occuper un espace rien qu' à moi. Elle ne me tolérait qu' en un lointain écho de ses propres paroles.

Je retombais en enfance face à elle. Je balbutiais comme les enfants qui se lancent, la peur au ventre, sur leurs premiers vélos sans petites roues, leurs premières balançoires, dans leurs premières brasses sans bouée. Regarde-moi, maman, regarde-moi. Porte-moi de ton regard. Empêche-moi de tomber, de me noyer. Donne-moi la force de me relever et de continuer. Dis-moi que je suis forte, courageuse, unique au monde, que mes premiers pas, mes premiers mots, mes premiers dessins sont des réussites dont tu es si fière que tes yeux ne voient plus que moi, dessinent autour de moi un territoire, un halo de lumière où je vais pouvoir grandir, grandir, grandir."

( à suivre)

extrait de "J' étais là avant" de Katherine Pancol

 

J'aurais voulu, pu écrire ces mots...

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Publié dans extrait de livre

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